Titre
Sous-titre / Dates...
J’ai décidé d’écrire mon autobiographie pour transmettre à mes enfants, mes petits-enfants ou tout autre membre de ma famille, les souvenirs d’une vie riche et un peu exceptionnelle.
Je veux partir à la recherche de ce qui m’a construite, retrouver les personnages croisés tout au long de mon chemin, expliquer quels ont été mes choix, partager des anecdotes et faire de ce voyage, un récit palpitant.
On peut avoir envie d’écrire pour soi, pour y voir plus clair.
Pour ma part, écrire l’histoire de ma vie, c’est surtout être reconnaissante à l’égard de toutes celles et ceux que j’ai rencontrés tout au long de la route. C’est une façon de préserver leur souvenir de l’oubli car je suis dans une famille où la transmission est difficile.
Il est temps de rompre cette fatalité, en semant quelques graines de souvenirs qui pourront devenir des pépites !
MES ANCETRES
MON ENFANCE
MON ADOLESCENCE
LE PASSAGE A LA VIE D'ADULTE
LES MUTATIONS
MA VIE PROFESSIONNELLE
LES VOYAGES EN FAMILLE
MA VIE POLITIQUE
MES ANCETRES
Du côté de mon père
Je commencerai l’évocation de mes ancêtres par ma grand-mère paternelle que je n’ai pas connue. Je n’étais pas née lorsqu’elle est décédée d’un cancer la veille de la naissance de mon frère, quatrième enfant de la famille.
1916, Latresne, était un petit village situé à douze kilomètres de Bordeaux. C’était la première guerre mondiale, les femmes étaient seules, restaient quelques hommes exemptés. Une histoire d’amour entre ma grand-mère et l’un d’eux, marié. Pas facile de porter une grossesse à l’époque dans ces conditions, dans un village de quelques centaines d’habitants, alors il a fallu partir pour préserver la réputation de la famille. C’est ainsi que mon père naquit le 18 septembre 1916 à Mérignac (Gironde) chez des cousins.
Elle avait élevé seule son fils jusqu’à l’âge de 5 ans puis s’était mariée en 1921 avec un monsieur Ampoulange qui reconnut mon père, ce qui me permet de porter ce nom aujourd’hui. Elle divorça 4 ans plus tard, sans aucun droit de visite et continua à élever son fils, seule.
Un jour, qu’il était rentré ivre, elle le reçut avec un tisonnier, lui en assénant un coup par colère ! Cette anecdote nous a souvent été racontée par ma mère.
Mon père, fils unique, entre naissance et décès a dû gérer l’enterrement comme il a pu et ma grand-mère fut donc enterrée au cimetière de Latresne, en pleine terre avec juste une petite croix portant son nom, ce qui était insupportable pour ma mère.
Ainsi, lorsque nous avons été adultes et les finances plus prospères, un caveau fut construit permettant le transfert du corps mais, le jour dit, arrivés au cimetière, les employés municipaux avaient déjà effectué le transfert dans un petit cercueil adapté. Quelle déception de constater que celui-ci était en pin et non en chêne comme prévu sur le devis !
Devant la détermination de ma mère, il avait fallu faire venir l’officier de police pour desceller le cercueil et attendre que les pompes funèbres en apportent un en chêne.
Ma mère avait toujours gardé le chapelet que ma grand-mère, très croyante, lui avait confié, mais elle n’avait pas pensé à le remettre à mon père le jour de la mise en bière, préoccupée par la naissance de son fils. Ainsi le jour de cette inhumation, devant le squelette de ma grand-mère, j’avais dû face à son insistance, déposer ce chapelet sur ces os nus.
Aujourd’hui, elle repose à leur côté. Une belle satisfaction !
Du côté de ma mère
Mes grands-parents maternels étaient un couple atypique.
Je garde peu de souvenirs de mon grand-père si ce n’est qu’il m’emmenait au café du village où il passait beaucoup de temps. Je crois qu’il m’a transmis le goût d’aller boire un café partout où je me trouve. J’aime palper l’ambiance de ces endroits, capter quelques conversations et déguster un expresso. Lui ne buvait malheureusement pas de café… Ainsi, lorsqu’il rentrait, les disputes étaient fréquentes mais jamais lorsque leurs petits-enfants étaient présents.
Mon grand-père était taxidermiste, il passait beaucoup de temps à reconstituer des blaireaux, renards, écureuils et autres animaux ; sa maison était un véritable musée de l’animal.
À l’extérieur, il possédait de grandes volières dans lesquelles beaucoup d’oiseaux de toutes espèces s’ébattaient. Je l’accompagnais souvent le matin pour préparer toutes les nourritures différentes suivant les espèces. Il y passait une grande partie de chaque matinée. Souvent, les gens venaient voir les volières ainsi que les animaux empaillés.
Ma grand-mère maternelle s’occupait du poulailler et des lapins. À chaque vacance, mon plaisir était d’aller au clapier, de prendre un lapereau que je gardais près de moi durant tout le séjour, mais le lapin s’apprivoise très vite et, lorsque je regagnais la maison familiale, ma grand-mère n’avait pas le cœur de le tuer pour le manger.
Un grand nombre de lapins ont vieilli et sont morts sans être consommés !
Lors des disputes les plus virulentes, la famille m’avait raconté que mon grand-père levait facilement la main sur ma grand-mère qui, de rage, préparait un bagage et quittait le foyer conjugal. Mais à pied, elle ne pouvait pas aller très loin, passait quelques jours chez mes parents puis réintégrait le foyer conjugal.
Elle est décédée à 92 ans, veuve durant plus de 20 ans, elle nous disait qu’elle vivait les plus belles années de sa vie !
Mon père est décédé le jour de la fête des pères. C’était un homme discret, travailleur, qui avait beaucoup souffert de sa situation sociale depuis le plus jeune âge, qui s’exprimait très peu mais qui nous a transmis les valeurs essentielles de travail, d’honnêteté et de ténacité. Il a créé une belle famille dont il était fier.
J’ai découvert réellement qui était mon père à l’âge de 30 ans, lorsque j’ai commencé à emmener en vacances mes parents. Mon époux de l’époque, père de mes deux enfants, était très complice avec mes parents. Il avait perdu lui-même son père très peu de temps après notre rencontre, ne s’entendait pas bien avec sa mère, vivait aussi avec sa grand-mère, ce qui provoquait des situations intrafamiliales tendues, il passait donc beaucoup de temps chez nous, mes parents l’aimaient beaucoup et c’était réciproque.
Tout naturellement, nous partions donc en vacances tous ensemble, sans oublier le chien ! Ils ont visité la France entière, connu la montagne enneigée, vécu en mobil-home, des souvenirs fabuleux nous restent en mémoire couplés de nombreuses photos.
Mes grands-mères, mes exemples, mes modèles, féministes avant l’heure. Je leur voue une grande admiration et toute ma reconnaissance.
MON ENFANCE
Les repas du dimanche
J’ai grandi au sein d’une famille unie, nombreuse de 7 enfants : Monique, Anne-Marie (Annie), Bernard, Bernadette, Jean-Michel, Maryse et moi. Mes souvenirs d’enfance sont liés à une période de gaieté, d’insouciance et de sécurité.
Ma sœur aînée, Monique, a 14 ans de plus que moi, Annie 11 ans. Je n’ai que peu de souvenirs de notre vie commune. Monique s’est mariée quand j’avais 7 ans avec Daniel, mon beau-frère, que je considère comme mon frère. En effet, je l’ai connu à 5 ans et lorsqu’il venait à Cenon, ma première mission était alors de monter sur ses genoux. Aujourd’hui encore, ce souvenir nous fait rire et a créé un lien indéfectible, une grande tendresse nous unit.
Je me souviens des grandes tablées, du plaisir de se retrouver, de partager chaque dimanche les repas préparés par ma mère. Ces réunions dominicales festives ne sont plus aujourd’hui que des souvenirs, les maisons ne sont pas adaptées pour recevoir une aussi grande famille et ces retrouvailles nous manquent cruellement.
Un couple de cousins de mon père était présent systématiquement. Ils apportaient toujours le même dessert fabrication maison, le « millas », dont je n’ai jamais retrouvé la saveur. Ils avaient un petit chien à poils longs, appelé « Pitou », qui s’installait sur les genoux de sa maîtresse tout le long du repas. Cela me paraissait étrange car nous avions de gros chiens, un setter puis deux boxers, qui vivaient en grande partie au jardin ou au garage.
Une anecdote concernant le setter : mon grand-père nous avait donné ce chien de chasse mais mon père ne chassait pas et le chien s’ennuyait, enfermé au garage. À plusieurs reprises, il avait pris son élan et avait cassé la vitre de la porte pour s’enfuir et retourner chez mes grands-parents, parcourant ainsi les douze kilomètres qui nous séparaient.
Au décès du setter, mes parents avaient eu une femelle boxer nommée Dolly qui n’était pas très facile. Elle se mettait sous la table et, même mon père ne pouvait pas la sortir tant qu’elle ne l’avait pas décidé elle-même.
Notre maison n’était jamais fermée à clés. Ainsi, tous les amis, le sachant, passaient par le garage et frappaient à la porte de la cuisine. Un jour, les parents de mon beau-frère étaient venus rendre une petite visite impromptue. Ils étaient donc rentrés dans le garage, , accueillis gentiment par la chienne. Personne n’était présent dans la maison. Alors, ils voulurent repartir mais, arrivés à la porte du garage, la chienne s’était couchée devant, ils avaient dû attendre le soir que quelqu’un rentre.
À la mort de Dolly, Monique avait un ami qui donnait des boxers. Je me souviens de ce chiot arrivant dans un cageot attaché sur le porte-bagage de la mobylette. Quelle surprise ! Nous avions accueilli Milord qui a partagé 12 ans de notre existence pour notre plus grand bonheur.
Mon père, jamais parfait aux yeux des autres
Pourquoi ce couple de cousins évoqué dans « Les repas du dimanche » venait chaque dimanche ? Ils habitaient Mérignac et n’avaient pas d’enfants, mais ce sont eux qui avaient hébergé ma grand-mère paternelle le temps de sa grossesse et de son accouchement. C’était auprès d’eux que mon père naquit et c’est la raison pour laquelle ils étaient invités toutes les semaines, au repas organisé par ma mère.
Ma grand-mère a élevé seule toute sa vie son fils unique. À l’adolescence, période certainement plus difficile, il est parti à l’école des mousses à Toulon. Engagé dans la Marine nationale à 14 ans, il y restera environ cinq ans et reviendra travailler dans le civil, aux chantiers de la Gironde à Bordeaux.
Lorsque ma mère a annoncé à son père qu’elle souhaitait épouser mon père, pour toute réponse elle reçut une paire de gifles. Mon grand-père rêvait d’un grand mariage pour sa fille, difficile en épousant un « bâtard » ! Mais elle s’est obstinée et c’est en 1944, sous les bombes de la seconde guerre mondiale, que s’est tenue la cérémonie.
Pour l’occasion, mon grand-père, qui travaillait aux Grands Moulins de Bordeaux, ramenait des poches remplies de farine qu’il cachait dans ses bottes, permettant de faire du pain malgré le rationnement qui sévissait.
Ce fut un beau mariage malgré la période et le décès de l’oncle de mon père qui était le frère de sa maman. Il était tombé d’une charrette de foin la veille. L’institutrice avait fait sortir tous les élèves de l’école attenante à l’église pour une haie d’honneur, un peu de joie et de bonheur dans des journées ponctuées par les alertes et la peur.
Deux jours de fête cachés dans une cave et le début d’une vie pleine de projets et de promesses.
Toute ma vie durant, j’ai entendu des mauvaises paroles sur mon père. Sans cesse des comparaisons avec mon oncle, le frère de ma mère qui travaillait dans les pétroles, gagnait très bien sa vie et n’avait que trois enfants. Mon père, quant à lui, était mécanicien dans les bateaux et avait dû partir travailler en usine lorsque les chantiers de la Gironde avaient fermé pour nourrir sa nombreuse famille.
Ce que n’avait pas compris mon grand-père et mon oncle, c’est que, si les moyens financiers étaient réduits, mes parents avaient réussi à acheter un terrain à Cenon pour construire une maison moderne, avec tout le confort et surtout, nous avions de l’amour à revendre.
Mon père est décédé le jour de la fête des pères, le 20 juin 2004. C’était un homme discret, travailleur, qui avait beaucoup souffert de sa situation sociale depuis le plus jeune âge, qui s’exprimait très peu mais qui nous a transmis les valeurs essentielles de travail, d’honnêteté et de ténacité. Il a créé une belle famille dont il était fier.
Mes grands-mères, mes exemples, mes modèles, féministes avant l’heure. Je leur voue une grande admiration et toute ma reconnaissance.
Ma mère, cette grande féministe
Je voue à ma mère une grande tendresse couplée d’une grande admiration.
Son dévouement pour sa famille, ses prises de décisions, sa disponibilité, son dynamisme lui confèrent, comme pour mes ancêtres, une dose de féminisme exceptionnel.
Elle avait 36 ans lorsque je suis née, mon père 43.
Son plus grand chagrin avait été le décès brutal de son troisième enfant qui était son premier fils, Bernard, survenu le jour de ses 4 mois, foudroyé par une méningite. Elle n’évoquait pas souvent cet épisode si douloureux de sa vie, mais lorsqu’elle en parlait, nous sentions toute la douleur qui était la sienne.
Plusieurs années plus tard, elle avait eu un autre fils, Jean-Michel, à qui elle a voué une véritable adoration toute sa vie, ce que je comprenais.
Ma mère n’avait que très peu travaillé, dans la couture, chez une amie de la famille. Mariée à 21 ans, maman un an plus tard, elle a consacré sa vie à sa famille. Ne ménageant pas sa peine, elle a été sa vie durant disponible pour tous, enfants et petits-enfants, sans jamais se plaindre. Nous recevoir, ouvrir les portes de sa maison auront été le leitmotiv de son existence. Elle a, par exemple, gardé pendant deux ans sa première petite-fille, Fabienne. J’avais neuf ans à l’époque et je me retrouvais avec une nouvelle « sœur » qui prenait un peu ma place. Lorsque je m’en plaignais, on me disait « tu es jalouse ». Ces mots résonnent encore dans ma tête, je ne suis pas sûre qu’il s’agissait de jalousie, je revendiquais seulement l’attention que j’avais en moins compte tenu de mon jeune âge.
Ma mère adorait ce qui était beau. Elle choisissait toujours, instinctivement, ce qui était le plus cher dans les magasins, que ce soit les meubles ou les vêtements. Chaque rentrée scolaire, lorsque nous étions petits, elle nous amenait acheter vêtements et tabliers aux Nouvelles Galeries ou à la Belle Jardinière à Bordeaux, deux magasins emblématiques qui n’existent plus aujourd’hui.
Petites, mes sœurs et moi avions des robes spécifiques pour sortir ou, le dimanche, pour aller à la messe, assorties de petits gants blancs, de chaussettes blanches et de chaussures vernies.
Ma mère nous avait également appris à nous habiller d’un vêtement neuf pour chaque évènement de la vie. Malgré le peu de moyens financiers, c’était pour elle très important.
Mon père travaillait énormément, ayant à charge une nombreuse famille. Ma mère gérait donc tout, à tel point que, personnellement, j’ai eu l’impression d’avoir un père absent. Je ne l’évoquais jamais, je ne partageais pas grand-chose avec lui, j’avais la sensation qu’il était âgé, usé par le travail, mais la complicité est venue plus tard lorsque je suis devenue maman.
J’étais la dernière de la fratrie, la seule partie loin de Bordeaux et ma mère attendait chacun de mes retours avec impatience, pleurant à chacun de mes départs. Nous avons partagé durant de nombreuses années beaucoup d’heureux moments. Elle adorait Virginie et Jérôme qui lui rendaient bien. Elle me faisait partager ses projets, ce qui n’était pas toujours une partie de plaisir mais qui nous fait beaucoup rire aujourd’hui.
Ainsi, j’avais eu la primeur de son désir de faire construire un caveau au cimetière Nord à Bruges (33) afin d’être près de celui, déjà ancien, de la famille. Puis, j’avais eu le « privilège » d’accompagner mes parents pour le transport du corps de ma grand-mère maternelle qui était enterrée à Latresne vers le caveau tout neuf de la famille. Rappelez-vous l’épisode du chapelet que j’ai dû poser sur le squelette de ma grand-mère.
J’avais eu également la faveur de l’emmener un jour aux pompes funèbres choisir son propre cercueil… J’en ai rêvé durant de longs mois. Elle voulait le plus beau, en acajou avec des poignées en bronze et le clou avait été le choix ô combien difficile du satin tapissant l’intérieur…
Des années après, lors de ses obsèques, le directeur des pompes funèbres se souvenait d’elle avec tendresse.
Avec le recul, elle avait raison d’anticiper ce qui allait être inéluctable. Ma mère n’a jamais rien lâché, merci à elle.
À son décès, le 8 décembre 2017, jour du premier anniversaire de Léo, son arrière petit-fils, le chagrin a été immense et dévastateur pour chacun d’entre nous. Frères et sœurs se sont murés dans la douleur avec l’impossibilité de communiquer.
Ce fut auprès de nos enfants que, respectivement, nous avons trouvé la force d’avancer.
Depuis des années, le manque est toujours présent, elle vit désormais dans notre cœur et nos souvenirs.
Les vacances à la campagne.
Je passais souvent mes vacances à la campagne chez mes grands-parents à Carignan. Ils habitaient une grande maison de pierre héritée de mes arrières-grands-parents paternels.
Mon grand-père paternel était revenu de la guerre de 1914/1918 avec une maladie aux poumons dont il était décédé peu de temps après.
J’ai le souvenir de mon arrière-grand-mère que j’ai connue dans mon enfance. Elle habitait deux pièces indépendantes dans la maison (sa cuisine et sa chambre). Toujours habillée de noir, elle nous faisait un peu peur du haut de notre jeune âge mais nous aimions aller la voir malgré tout. Lorsque arrivait l’heure du souper, elle donnait de grands coups à la porte mitoyenne aux deux logements, ce qui nous faisait sursauter. Ma grand-mère connaissait le signal pour lui apporter sa soupe !
Avec notre cousin qui avait notre âge et vivait à proximité, nous nous amusions à parcourir les bois, visiter les champignonnières et traverser les champs au milieu des vaches.
Il prenait plaisir à nous emmener dans des endroits insolites. Dans les champignonnières, nous étions effrayés par les chauves-souris affolées de notre présence. Régulièrement, lorsque nous nous promenions à travers champs, il nous disait au dernier moment qu’il y avait un taureau dans le troupeau de vaches, ce qui provoquait la panique avec des courses effrénées jusqu’à la clôture souvent électrifiée qu’il fallait franchir à tout prix.
Nous vivions en ville et n’étions pas habitués à cet univers. Lui, en contrepartie, vivait à la campagne, les bois et les champs étaient son terrain de jeux. Deux univers totalement opposés. Je crois que c’était sa façon de se moquer de nous !
Les vacances à la mer
Chaque année, mes parents louaient une villa à Andernos, sur le bassin d’Arcachon et mon oncle nous amenait en voiture passer des vacances de rêve. C’était la baignade et la pêche aux coquillages dans la vase avec les patins dont se servaient les ostréiculteurs pour accéder aux parcs à huîtres. C’était aussi l’époque où nous retrouvions nos cousins qui vivaient sur la commune, Denis, Dominique et Pascale. Leurs aînés, Bruno et Hervé, étaient déjà adultes, plus proches de mes sœurs Monique et Annie.
C’est sur la plage des Quinconces que j’ai fait mes premiers pas, ce qui était assez insolite ! Une photo avait immortalisé ce moment.
J’ai gardé cet amour du bassin d’Arcachon où j’aime me ressourcer, lieu paradisiaque de mon enfance, il reste à mes yeux le plus bel endroit de la côte atlantique.
C’est à la fin de l’adolescence que les vacances passées à Andernos sur le bassin d’Arcachon ont pris fin. Depuis 10 ans, j’y retourne chaque année avec mes petits-enfants pour leur apprendre à aimer cet endroit magique.
La fin de l’enfance et Mai 68
De mai 1968, je me souviens des achats que nous faisions pour stocker sucre, huile et pâtes, qui devaient être considérés à l’époque comme essentiels.
De ma petite enfance à l’adolescence, j’ai le souvenir de l’évolution du modernisme.
Le linge lavé dans de grandes lessiveuses dans lesquelles on faisait bouillir de l’eau et rincé à la main sous l’eau froide avant l’arrivée de la machine à laver. Ma sœur aînée, quant à elle, accompagnait ma grand-mère au lavoir, période me précédant.
L’arrivée de la télévision, du téléphone à cadran puis à touches, le minitel précédant l’ordinateur portable et internet, le chauffage central remplaçant le poêle à mazout qu’il fallait remplir régulièrement et, tel une cheminée, qui chauffait surtout la pièce où il était situé, les briques chaudes enveloppées de papier journal au fond du lit servant de bouillotes, la cuisinière à bois installée dans la cuisine avant l’arrivée du gaz de ville, autant de signes d’une époque en pleine mutation.
Nous n’avions pas de voiture, mon père allait travailler à mobylette, ma mère se déplaçait en Solex, nous en vélos. Les courses se faisaient en plusieurs fois lorsque les sacs étaient trop lourds, le bus nous emmenait à Bordeaux si besoin. Aussi, dès la fin de mes études, après mon baccalauréat, j’ai souhaité partir travailler pour passer le permis de conduire et acheter une voiture…Mais ça, c’est une autre histoire !
MON ADOLESCENCE
Le lycée et la liberté
Durant mon adolescence, j’ai découvert la liberté de faire et d’entreprendre.
À la fin de mon enfance, je suis allée au lycée Cazemajor à Bordeaux. Prenant l’autobus chaque matin, marchant dans les petites rues depuis le Cours Victor Hugo, je découvrais le « vieux Bordeaux », les quais avec ses dockers qui déchargeaient les navires, un monde très fermé, inaccessible, les quartiers populaires où les réfugiés espagnols avaient élu domicile. Mes amies et moi traversions le marché des Capucins, toujours aussi prisé des Bordelais, avec son activité grouillante.
C’était l’époque des cours et des moments partagés, avec les copains et les copines, au bar du coin. Quelles parties de billard endiablées et de discussions à bâtons rompus sur notre vision du monde, nous avons vécues ! C’était le temps des premières grèves que je menais souvent avec beaucoup de détermination, jusqu’aux menaces d’exclusion qui me faisaient retourner en cours, bien sagement.
La découverte du sport
C’était aussi la découverte du sport. Plus jeune, ma mère ne voulait pas que nous en fassions. J’ai toujours attribué cette décision à son désir de ne pas nous faire côtoyer « n’importe qui », de nous garder près d’elle, sous surveillance. Aujourd’hui, en écrivant ces quelques lignes, je me demande si ce n’était pas dû à un coût trop important pour son budget, tout simplement.
Mon frère m’avait fait découvrir le tennis dans un club où ses copains étaient inscrits, mais lui préférait le foot. Nous avions à l’époque de grosses raquettes en bois, lourdes et difficiles à manier, mais j’aimais beaucoup en faire.
J’ai ensuite pratiqué l’équitation durant plusieurs années au Domaine de La Burthe à Floirac. J’ai fait connaître ce sport à Stéphane et Delphine, mes neveux, ainsi qu’à celui qui allait devenir mon mari et père de mes deux enfants, Gilles.
Avec Delphine, devenue passionnée des chevaux, et Gilles, nous allions souvent en faire à Andernos, sur le bassin d’Arcachon, dans un cadre très agréable où il y avait la possibilité de faire du cheval dans la forêt ou sur la plage. J’ai arrêté lorsque je suis tombée enceinte de Virginie et je n’ai jamais repris. J’étais devenue mère de famille avec d’autres priorités.
Vélo et mobylette, rien ne m'arrête
Nous nous déplacions à vélo, nos parents n’ayant pas de voiture. Mon père et mon frère avaient une mobylette. C’est ainsi qu’un jour, arrivant dans le village de mes grands-parents à Carignan, je lui avais demandé de me la prêter. C’était sur la ligne droite en plein centre mais il y avait très peu de circulation. Il avait donc cédé et j’ai pu essayer cet engin qui avançait sans forcer mais que je ne savais pas arrêter. Malheureusement, ce fut le moment où le boulanger livrait son pain. Pour éviter la collision, il a fallu que je vise bien pour passer entre les portes de la camionnette grandes ouvertes et le trottoir ! J’avais procuré une grande frayeur à tout le monde ; je n’ai jamais plus eu accès à la mobylette mais j’essayais quelquefois le Solex de ma mère, un engin plus lent, moins facile à manier, j’aimais moins !
Durant les années 1970/1974, c’était la transition de l’enfance à l’adolescence. Nos jeux se déroulaient souvent dans la rue, avec les voisins, nous jouions aux billes, aux patins à roulettes que je détestais, n’ayant jamais su en faire. Nous partions aussi chercher des jonquilles dans les bois en bas du stade de Plaisance où il y avait un ruisseau à traverser en sautant mais, régulièrement, nos sauts étaient trop courts et nous rentrions trempés.
Un jour, juchée sur le porte-bagage du vélo d’une copine, nous avions descendu l’avenue Pierre Brossolette à une allure qui me semblait assez rapide. Arrivée aux abords du stade, elle m’avait crié ne plus avoir de freins. J’avais donc sauté du vélo et m’étais retrouvée le visage, les bras et les jambes très abîmés par le bitume. Ma mère était furieuse et mon visage barbouillé de mercurochrome rouge m’avait empêché de sortir durant pas mal de jours, tellement j’avais honte. Quelques cicatrices au coude perdurent toujours, ainsi que ma peur dans les descentes à vélo quand celles-ci sont trop abruptes.
La fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte ont eu raison de cette période d’insouciance.
LE PASSAGE A LA VIE D'ADULTE
Un objectif : devenir indépendante
En 1978, à 18 ans, mon bac en poche, j’étais bien décidée à devenir indépendante, à travailler, à gagner de l’argent, à m’acheter des vêtements et à sortir en boite de nuit.
Durant mes cours d’apprentissage au permis de conduire, j’avais une prof d’auto-école qui me faisait faire régulièrement la course avec un professeur concurrent, qu’elle semblait bien connaître et apprécier.
C’est ainsi que j’ai appris à conduire vite et les PV accumulés démontrent que j’ai du mal à me sortir de cette addiction.
L’acquisition de ma première Renault 5, de couleur jaune, achetée d’occasion, a été le début de cette indépendance tant désirée. Je n’étais plus dépendante des horaires des bus et je découvrais l’autonomie.
Cela a aussi permis à mes parents, chez qui je vivais, d’avoir la possibilité d’une vie quotidienne plus facile. Par exemple, j’emmenais ma mère faire ses courses et j’allais chercher ma grand-mère le dimanche pour qu’elle puisse déjeuner avec nous.
Ma vie professionnelle a débuté le lendemain des résultats de mon bac, lorsque je suis allée m’inscrire à l’Agence Nationale Pour l’Emploi (France Travail) et que le chef d’agence m’a proposé de travailler durant les trois mois d’été, ce que j’avais accepté. Puis, tout s’est enchaîné jusqu’au mariage et au départ pour Paris.
Durant les années 1980, trouver du travail n’était pas très difficile. Avoir le baccalauréat était recherché, c’était l’époque des CDD, des CDI ou de l’intérim qui ouvrait des portes.
Mes vingt ans, un souvenir joyeux !
Pour fêter mes vingt ans, nous avions organisé un méchoui à Carignan. La famille et les amis s’étaient retrouvés jusque tard dans la nuit pour chanter, danser et partager le mouton cuit au feu de bois.
Tout le monde avait apprécié et ce souvenir avait perduré dans le temps. Il était régulièrement évoqué au titre des évènements joyeux.
C’était l’époque de toutes les folies. Je retrouvais mes amis qui avaient de puissantes voitures, style R8 Gordini ou des motos de grosses cylindrées comme les Harley Davidson pour faire des courses endiablées sur les routes bordelaises. Pour égayer les soirées avant l’entrée en discothèques, nous dégustions des cocktails ou des cafés/rhum concoctés par un de nos amis.
L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand
J’avais 22 ans en 1981, date de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.
Dans une France conservatrice, ce fut un électrochoc. Partout, au travail, en famille, entre amis, deux camps s’affrontaient.
Sûre de moi, je participais aux conversations avec la détermination de ma jeunesse. J’approuvais les idées de ceux qui avaient peur de l’avenir, qui ne comprenaient pas qu’un changement de société commençait à se mettre en place.
Plus de quarante ans plus tard, je souris à cette évocation. Je ne connaissais pas grand-chose de la vie, encore moins du monde politique. Aujourd’hui, je crois que je me contenterais d’écouter les deux camps en essayant d’analyser plutôt que d’affirmer.
La vie à deux et le départ de Bordeaux
J’ai rencontré Gilles en 1981. Il faisait partie de la bande d’amis professionnels de ma sœur Maryse. Son père est décédé peu de temps après notre rencontre et les rapports avec sa mère étaient conflictuels. Il a donc rencontré au sein de ma famille une ambiance différente, plus conviviale. Adoré de mes parents, il était considéré comme un fils, ce lien était réciproque.
J’avais 25 ans lorsque je me suis mariée, Gilles en avait 30. Je travaillais à ce moment-là aux Etablissements Souliès, entreprise de sanitaire, où je devais remplacer la responsable du personnel qui partait à la retraite.
Peu de temps auparavant, Gilles avait quitté son emploi d’aide chimiste chez Lesieur pour entrer à l’école de gendarmerie de Châtellerault.
Ce choix avait été le sien, il ne m’en avait pas parlé et j’avais dû accepter comprenant que c’était au titre de la sécurité de l’emploi, pour nous assurer un avenir sécure. En effet, on commençait à évoquer des restructurations dans l’entreprise avec des possibilités de licenciements. C’était, peut-être aussi, pour lui, le désir non avoué de quitter Bordeaux et de tenter de nouvelles expériences ailleurs.
C’est ainsi que, pour être légitime, j’ai dû l’épouser le 21 janvier 1984, avant sa premère affectation en garde républicaine à Paris, le 1er février. À ce moment-là, lors de son passage au tribunal de Poitiers pour prêter serment et durant la cérémonie qui suivit, une phrase choquante a été prononcée par l’officier qui faisait le discours, à savoir : « les femmes en gendarmerie, c’est comme les chiens, c’est toléré ».
Tout un programme que j’aurai l’occasion de tester durant 15 ans.
Notre appartement à Asnières (92) était insalubre. Dans une cité HLM, les familles des gardes républicains avaient une aile réservée. Les douches étaient communes, le chauffage défaillant et les fenêtres fermaient mal. Nous avons vécu quatre ans et demi à cet endroit. Je baignais Virginie, alors bébé, dans une bassine coincée dans l’évier de la cuisine. Née en février, le givre suintait côté intérieur de la vitre. Inutile d’expliquer que je faisais très vite !
Par la suite, Gilles avait installé un bac à douche à l’arrière des WC. Ce n’était ni pratique, ni esthétique, mais au moins nous pouvions nous laver sans aller réclamer une clé et payer 1 franc au gendarme de garde.
L’arrivée de Virginie et Jérôme
Pour mon premier accouchement, le 9 février 1986, sans famille sur place, j’avais choisi la maternité la plus renommée d’une clinique de Courbevoie, mais rien ne s’est passé comme prévu !
Virginie est née avec huit jours de retard, un dimanche matin, le cordon enroulé dangereusement autour de ses épaules, agissant comme des bretelles qui la tiraient vers l’intérieur, l’empêchant de sortir.
Le médecin de garde était introuvable, les infirmières, qui paniquaient, téléphonaient partout et même la sage-femme ne s’en sortait pas. Elle avait demandé l’aide de Gilles pour me mettre le masque à oxygène mais, dans la précipitation, il avait arraché le tuyau et l’oxygène s’était répandu dans toute la pièce. Considérant qu’il apportait plus d’ennui que d’aide, il avait été poussé dans le couloir par le personnel. Un médecin de passage, qui allait voir une de ses patientes, avait finalement été réquisitionné pour pratiquer l’accouchement. Lorsque le mien était venu me visiter, deux jours plus tard, il m’avait sermonné en indiquant que j’avais affolé tout son personnel, sans se soucier réellement de ce que j’avais pu ressentir !
Mais je n’étais pas encore au bout de mes peines. Le lendemain, Gilles était allé chercher ma mère à la gare mais ils avaient mangé des œufs au plat qui semblaient ne pas être très frais. L’après-midi, venus tous les deux me voir à la maternité, ma mère se souciait davantage de Gilles qui commençait à avoir une crise de foi, que de moi. Elle lui répétait « mon pauvre Gilles, ça va » ? Et lui se plaignait qu’il avait mal au ventre et envie de vomir. Perdant patience et étant moi-même très affaibli, je leur ai demandé de partir et de ne revenir que quand ça irait mieux. Je préférais rester seule que d’entendre leurs jérémiades !
À l’époque, on devait rester une semaine à la maternité, mais n’étant pas satisfaite des soins, j’avais demandé à partir plus tôt. Le personnel m’avait déconseillé de sortir car il neigeait beaucoup, selon eux j’étais mieux au chaud, à la maternité, mais j’ai signé une décharge et je suis rentrée.
Quelques mois plus tard, j’étais enceinte de mon second enfant et le corps médical et la famille me conseillaient de ne pas le garder, ce qui, pour moi, était inconcevable ! Je leur avais tenu tête. Notre désir était d’avoir un second enfant très vite. Compte tenu de ma première expérience, j’avais peur et je savais que si j’attendais trop, je n’en aurais pas d’autre.
Pour Noël 1986, j’étais partie à Bordeaux afin d’y rester jusqu’au terme de la grossesse, pendant que mes parents s’occupaient de Virginie.
C’est mon frère qui m’avait amené à la maternité. Le gynécologue qui suivait toute la famille savait combien j’étais effrayée et m’avait rassuré en arrivant en même temps que moi car je lui avais téléphoné avant de partir. L’accouchement a été très rapide, sans aucun problème particulier.
Jérôme est né le 6 janvier 1987, avec trois semaines d’avance. Durant mon séjour à la maternité, Maryse et ma mère se sont relayées sans discontinuer pour apprendre à marcher à Virginie qui n’avait que 11 mois. Gilles n’ayant pas pu se libérer, c’est Maryse qui était allée déclarer la naissance à la mairie de Bordeaux !
Le retour à Paris fut très compliqué ! J’avais des pertes de mémoire sévères, jusqu’à ne plus me rappeler mon nom ou l’endroit où je devais aller. Lorsque ces troubles apparaissaient, j’arrêtais la voiture dans l’attente que le trou noir qui envahissait mon cerveau se résolve. Je ne me suis jamais confié à un médecin considérant que l’extrême fatigue devait y être pour beaucoup. Aujourd’hui, je réalise que cette situation aurait pu avoir de graves conséquences mais je n’avais pas le temps ni l’énergie de penser à moi.
Notre premier chien
Alors que les enfants étaient encore bébés, Gilles avait décidé d’avoir le chien qu’il n’avait jamais eu étant jeune. Nous étions donc allés à la SPA de Gennevilliers, la plus importante de France, pour le choisir mais aucun n’avait sa préférence. Nous avons dû y retourner à plusieurs reprises ce qui était pour moi un vrai calvaire. Entendre ces aboiements me faisait jurer, les larmes aux yeux, que je n’y mettrais plus jamais les pieds
Puis, un jour, notre regard a croisé un berger allemand à poils longs, type berger belge tervueren qui ne bougeait pas, n’aboyait pas, n’avait aucune réaction à notre passage. Nous avions décidé, ensemble, de le ramener à la maison mais il a fallu convaincre les équipes car c’était un chien au passé douloureux, abandonné déjà deux fois et nous avions des enfants tout jeunes, ainsi qu’un petit appartement. Nous l’avons gardé de très nombreuses années et il est mort dans son sommeil. C’était un amour de chien, d’une beauté exceptionnelle !
Par la suite, nous en avons eu d’autres chiens, Ithos, Pilou, ainsi que des chats qui nous ont suivis au fil de nos déménagements.
LES MUTATIONS
Durant les quinze années de gendarmerie, nous avons déménagé à de nombreuses reprises. Quitter les Hauts-de-Seine avait été pour moi une joie. Je n’envisageais pas d’élever des enfants à Paris, surtout à l’adolescence. Savoir qu’ils prendraient le métro seuls et qu’ils se seraient fait des amis qu’ils ne voudraient plus quitter, était pour moi une source de stress.
D’Asnières (92) à Vert-le-Petit (91)
Nous sommes restés deux ans à Vert le Petit (91). Je ne m’y suis jamais vraiment plu, c’était trop campagne à mon goût.
Par contre, le logement était bien plus confortable que celui occupé à Asnières. Nous avions un grand chalet de bois à étage, avec trois chambres et une salle de bain ainsi qu’une grande pièce au rez-de-chaussée attenante à la cuisine et une chambre qui servait de salle de jeux.
L’inconvénient était sa situation en bordure d’une route nationale. De l’autre côté de cette voie se trouvait le Centre d’Etudes du Bouchet, un ensemble de 6 hectares partagé avec la poudrerie où travaillait Gilles, qui venait d’être habilité « secret défense » au sein de la Gendarmerie de l’armement.
C’est ainsi qu’un jour, revenant de faire des achats, nous avions garé la voiture en sous-sol mais le temps de décharger le coffre, les enfants qui avaient 3 et 4 ans, ainsi que le chien avaient disparu. J’étais en panique, avec le danger que représentaient les nombreuses voitures qui circulaient lorsque j’ai constaté qu’ils étaient partis promener le chien avec la laisse et qu’ils étaient déjà un peu loin. Il ne fallait surtout pas courir ni les appeler pour ne pas les effrayer. Je crois que je n’ai jamais marché aussi vite.
Une autre fois, lors d’une tempête, les enfants faisaient la sieste à l’étage. Je venais d’accompagner Gilles à sa voiture car il partait à Paris lorsque j’ai entendu un bruit assourdissant. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’un chêne gigantesque, situé sur le terrain de l’usine d’en face, venait de tomber sur la maison, emportant le mur de clôture, les fils électriques et une partie du toit. Par chance, aucune voiture ne passait à ce moment-là et mon mari, garé à cet endroit, venait de partir quelques minutes auparavant. Lorsque je suis rentrée pour retrouver mes enfants endormis, enjambant les câbles électriques au sol, les pompiers avaient hurlé de peur que je m’électrocute. Ils m’avaient sermonné très sévèrement pendant que je continuais mon chemin vers la maison, m’interdisant de ressortir tant qu’EDF n’était pas arrivé pour sécuriser la zone.
Une autre anecdote qui avait marqué l’époque et les enfants. Alors que j’étais endormie, j’entendais des sirènes et croyais rêver. Mal réveillée, j’avais pu voir des gyrophares à travers les volets. J’étais donc descendue avec mes enfants endormis dans les bras ne trouvant pas mon mari dans la maison. Je l’avais vu dehors où il s’organisait avec ses collègues, pour mettre en place le plan Orsec décidé par le Préfet de l’Essonne car la poudrerie avait explosé.
5 ans à Biscarosse (40)
En 1991, nous avons eu l’occasion de revenir dans le Sud, à Biscarrosse (40). Virginie et Jérôme gardent un souvenir heureux de cette époque où les devoirs se faisaient le soir dans le sable, où les jeux avec les copains d’école et de gendarmerie étaient leur quotidien.
J’ai beaucoup aimé vivre dans les Landes. Je m’étais fait des amies que j’ai dû quitter avec tristesse quand nous sommes partis 5 ans plus tard.
Notre chien Titus n’étant plus de ce monde, Gilles avait décidé d’aller acheter un terrier du Tibet chez une éleveuse du Tarn-et-Garonne. C’est ainsi qu’Ithos était entré dans la famille.
Nos souvenirs avec ce chien sont nombreux car il nous avait fait énormément de bêtises.
Pour le canaliser, Gilles avait décidé de l’inscrire au club canin du Centre d’essais des Landes afin de lui donner des cours d’obéissance mais la patience n’étant pas sa principale qualité et c’était moi qui participais tous les samedis aux exercices.
Je me mettais accroupie et disais au chien « viens mon bébé », au grand désespoir de l’éducateur canin. Ithos n’avait jamais beaucoup obéi mais, malgré tout, je lui avais fait faire de l’agility, ces parcours canins où l’animal évolue en jouant. C’était les débuts de ce sport. Je me souviens du premier concours en Espagne, au centre d’une arène, avec un public nombreux et Ithos qui s’arrêtait en haut de la poutrelle pour se gratter et regarder autour de lui, refusant de descendre de l’autre côté. Tout le monde riait, c’était l’attraction du jour et la honte pour moi. Ensuite, nous avons fait d’autres sorties pour le club avec plus ou moins de succès.
Virginie était au CP lorsqu’au cours d’une sortie de ski, elle s’était cassée tibia et péroné. Plâtrée de la cuisse aux orteils, il avait fallu lui commander un petit fauteuil roulant pour la déplacer. La pharmacienne, dont la fille était en classe de CP également, lui avait fourni un petit fauteuil de couleur verte. Tous les copains se faisaient une joie de la pousser, c’était l’attraction. Chaque jour, durant 3 semaines, à l’école, je l’ai porté au premier étage dans sa classe, pendant que la maîtresse amenait le fauteuil roulant.
Je travaillais à mi-temps au secrétariat du collège de Parentis-en-Born. Je devais aller travailler le mercredi matin. Son père n’étant pas disponible, je lui avais appris à composer le numéro de téléphone de sa grand-mère (qui n’habitait pas sur place) et le mien, au cas où elle aurait besoin de quelque chose. Son frère, alors âgé de 4 ans était censé la garder ! Ils avaient attendu patiemment que je rentre mais les deux mercredis suivants, une amie avait consenti à me les garder, j’étais plus rassurée.
Dorénavant, Virginie savait téléphoner. Elle en profitait lorsqu’elle rentrait de l’école, pendant que je discutais en bas avec les copines, pour appeler sa grand-mère et lui dire qu’elle voulait goûter mais que sa maman ne s’en occupait pas car elle était avec ses amies. Le soir, régulièrement, à l’heure du repas, ma mère très en colère me faisait la morale.
Une autre fois, alors que Virginie faisait un stage de voile, elle s’était ouvert tout le talon à travers les rayons d’un vélo. J’aurais dû l’amener faire faire des points mais, au lieu de cela, je lui avais acheté des chaussons de plongée. La pauvre se souvient encore de la douleur ressentie.
Jérôme, quant à lui, se souvient encore aujourd’hui de la colère de son père lorsqu’il était rentré à la nuit. Il avait 7 ans. J’étais partie à sa recherche et l’avais trouvé dans les bois situés à proximité où il avait interdiction d’aller avec ses copains.
Cette période heureuse a pris fin en 1996.
De la mer à la montagne : Nay (64)
Nous avons déménagé à Nay (64) dans une petite brigade de montagne, située entre Pau et Tarbes.
Durant deux ans, c’étaient les mercredis au ski l’hiver, les randonnées en montagne l’été, les cueillettes de mûres, la fabrication des tartes entre enfants avec interdiction aux mamans de venir dans la cuisine. Régulièrement, il manquait un ingrédient laissant un goût particulier à ce dessert confectionné avec tant d’entrain par tous les enfants de la brigade. Nous leur faisions plaisir en leur disant que c’était très bon. Ils étaient ravis de leur expérience culinaire. Nous l’étions un peu moins en constatant l’état de la cuisine.
C’était pour eux l’époque des fêtes de Nay, des manèges, des parties de cache-cache ou de pelote basque au fronton sur les bords du gave. Les chants, dans le Béarn, sont omniprésents, alors nous chantions à tous les évènements.
C’était l’époque où François Bayrou était Ministre de l’Education Nationale. Habitant la commune d’à côté qui faisait partie de la même brigade, il venait lors des festivités, souvent accompagné de son ami d’alors Jean Lassalle. Philippe Douste-Blazy venait également en voisin depuis Lourdes.
C’étaient les premières fois où j’avais côtoyé des hommes politiques. C’était certainement ce qui m’avait donné l’envie de m’y intéresser de près lorsque j’avais divorcé.
L’arrivée à Toulouse (31)
Enfin, en août 1998, Gilles avait quitté la gendarmerie. Nous étions venus à Toulouse et avions acheté une maison à Aucamville. Virginie avait 12 ans, elle entrait en 5ème, Jérôme avait 11 ans et faisait son entrée au collège, en 6ème.
C’était une vie totalement différente, plus normalisée. Je devais me faire à l’idée que c’était fini des cartons et des déménagements. Durant les cinq premières années, c’était dur car je voulais sans cesse repartir, je n’étais pas habituée à cette vie de routine.
Et puis il y a eu la séparation en 2008 puis le divorce. L’obligation de rester tant que Virginie et Jérôme n’avaient pas fini leurs études. Puis le départ de Virginie à Paris, de Jérôme à Bordeaux, de Gilles en Charente.
Seule à Toulouse durant ces dix dernières années, c’est mon investissement en politique et dans la vie associative qui m’a aidée à passer cette période sans trop de difficultés, même si j’ai souvent rêvé de revenir à Bordeaux, près de mes petits-enfants.
Aujourd’hui, ce sont eux qui sont revenus à Toulouse. Plus question de partir. Je vais donc entamer prochainement ma 28ème année dans la ville rose.
MA VIE PROFESSIONNELLE
En 1977, alors âgée de 18 ans, j’ai obtenu mon baccalauréat. Très vite, je suis rentrée dans la vie active.
Le début dans la vie active
Après les 3 mois d’été effectués à l’Agence Nationale Pour l’Emploi (France Travail), j’avais trouvé un emploi de bureau chez un entrepreneur en bâtiment à Floirac (33) où j’étais restée durant deux ans. Sa femme faisait la comptabilité, j’effectuais les devis. C’était un travail qui ne m’intéressait guère, je m’y ennuyais beaucoup.
De 1979 à 1980, durant deux ans également, j’avais fait de l’intérim à la COFAZ à Ambarès. C’était une usine de fabrication d’engrais où je travaillais au secrétariat. Nous étions plusieurs et je me plaisais davantage mais c’était aussi une époque compliquée car mon père avait eu un grave accident de la circulation. Il avait repris son activité mais je le déposais chaque matin et j’allais le chercher chaque soir, devant faire un détour pour le récupérer à la sortie de son travail. Le pauvre, m’attendait souvent car j’étais régulièrement en retard. C’était un stress quotidien pour nous deux, jusqu’à sa retraite.
C’est ainsi qu’un matin, sur la route verglassée, le pire est arrivé.
Je devais passer sur un toboggan qui enjambait une autre voie de circulation mais en freinant, j’avais glissé et le véhicule avait cogné des deux côtés. Plus peur que de mal, je ne m’étais heureusement pas blessée mais ma voiture était dans un triste état.
De 1981 à 1984, j’avais un emploi dans une société de vente en gros de sanitaires. Ce n’était plus un travail précaire et j’étais appelée à remplacer la responsable du personnel qui était âgée et devait partir en retraite. J’allais enfin avoir des responsabilités et une élévation professionnelle.
Mais la vie en avait décidé autrement.
Le travail au fil des déménagements
J’avais rencontré celui qui deviendrait mon mari et le père de Virgine et Jérôme. Après notre mariage en 1984, nous étions partis à Paris et ce fut pour moi une longue période de 15 ans d’emplois ponctuée de périodes de chômage, au fil de nos déménagements.
Malgré tout, je m’étais toujours débrouillée pour reprendre des activités, souvent à mi-temps pour pouvoir être disponible et m’occuper des enfants. Ma seule période d’arrêt importante avait été le congé parental pris après la naissance de Jérôme durant un an qui, avec le congé maternité et les congés payés, m’avait permis de ne reprendre mon emploi aux Assedic des Hauts-de-Seine qu’aux 18 mois de Jérôme.
De Paris à Toulouse, j’ai travaillé dans différentes structures : les Assedic, la Mairie, un collège, pour des emplois d’Agent Administratif. Je devais à chaque fois m’adapter et recommencer au bas de l’échelle sans aucun espoir de pouvoir m’élever puisque j’allais déménager de nouveau.
Je garde un bon souvenir de mon emploi à la Mairie de Ballancourt-sur-Essonne ; nous étions plusieurs jeunes personnes du même âge et avions pris pour cible la Secrétaire Générale qui ne nous plaisait pas. Ainsi, chaque fois que son compagnon appelait au standard pour lui parler, nous inventions une histoire en lui disant qu’elle était sortie ou qu’elle ne travaillait pas. Le lendemain, elle nous sermonnait mais malgré tout nous continuions. Ainsi, par la suite, elle avait renoncé à nous dire quoi que ce soit, nous avons beaucoup ri. Les portables n’existaient pas, il n’avait pas les moyens de vérifier nos propos.
Dans le Béarn, j’en ai eu marre de toujours recommencer à zéro, j’ai donc décidé de ne plus travailler.
Mais l’activité me manquait ainsi que la ville. J’allais donc très régulièrement à Pau où j’avais eu l’idée de faire une formation de toiletteur canin dans un premier temps pour m’occuper puis pour toiletter Ithos dont le brossage de ses poils longs me posait souvent des problèmes. Ce diplôme me permettra plus tard d’avoir un salon dans la banlieue Toulousaine.
Le salon de toilettage à Toulouse
Lors de notre arrivée à Aucamville (31), nous avions acheté une maison et j’avais décidé d’acheter également un salon de toilettage pour être mon propre patron, pouvoir fermer à 17 heures et avoir mes vacances scolaires afin d’être disponible pour m’occuper de Virginie et Jérôme.
Ne connaissant pas du tout Toulouse, mon choix s’était porté sur un salon à vendre à Pechbonnieu, commune située à douze kilomètres au nord d’Aucamville.
Quelle bonne idée d’avoir choisi cet endroit et un emplacement sur la place du village ! La boutique fonctionnait bien et j’ai sympathisé avec tous les autres commerçants : le peintre, le comptable, la boulangère, le quincailler, la coiffeuse, l’esthéticienne, le boucher.
J’avais créé l’Association des Artisans et Commerçants de Pechbonnieu. Durant plusieurs années, nous avons participé au carnaval de la ville avec un char dédié que nous confectionnions grâce à l’ingéniosité d’une habitante qui avait été durant sa vie professionnelle décoratrice de vitrines et qui nous aidait à fabriquer les grands personnages qu’il fallait ensuite installer sur une remorque prêtée par un habitant et peindre. L’ambiance était à la fête. Nous avions toujours le plus beau char.
Philippe, le peintre et Bénédicte, l’esthéticienne, demeurent encore aujourd’hui mes amis. Nous avons changé de profession, nous sommes allés vivre dans des villes différentes mais toujours à proximité de Toulouse et nous continuons à nous voir régulièrement.
J’ai gardé ce commerce durant 18 ans. La toiletteuse qui l’a racheté en 2017 est toujours en activité, ce qui me ravit. Je n’étais pas destinée à faire ce métier ni à posséder un commerce. Mon arrière-grand-père était cordonnier, c’était le seul qui avait été son propre patron. Je l’ai été également, c’était une période de ma vie que j’assume totalement.
En juillet 2016, j’avais vendu ce salon ainsi que ma maison d’Aucamville. J’avais divorcé, mes enfants étaient partis de la région. J’ai pris la décision de partir à Bordeaux m’occuper de ma mère alors âgée de 93 ans qui vivait seule mais était très affaiblie.
Après son décès, en décembre, je suis revenue vivre à Toulouse. Je devais reprendre une activité professionnelle, j’avais 57 ans, plus de toit, plus d’emploi, mais mon réseau était là.
Une nouvelle aventure, cette fois dans la politique, m’attendait….
LES VOYAGES EN FAMILLE
Mes 60 ans à New-York
Pour mon anniversaire, Virginie et Jérôme m’avaient demandé ce que je voulais.
Un voyage, un beau cadeau ?
J’ai tout de suite indiqué : « un voyage à New York ».
Pourquoi ce choix ? Je ne le sais pas moi-même, il est sorti tout seul, sans réfléchir.
Ils ont donc organisé cette escapade.
Jérôme étant retenu auprès d’Amélie, sa compagne, enceinte de sept mois, seule Virginie pouvait m’accompagner. J’étais un peu déçue de ne pas avoir mes deux enfants avec moi pour ce beau voyage, mais je le comprenais parfaitement, Amélie ne pouvait pas faire un aussi long voyage à ce moment-là.
La veille de partir, je me suis donc rendue à Paris chez Virginie et nous avons déambulé toute la soirée à Montmartre. Je n’étais pas pressée de rentrer, j’étais trop bien, mais elle, par contre, me poussait gentiment à revenir à l’appartement. On avait frappé à la porte. J’avais dû aller ouvrir car Virginie préparait le repas.
Que ne fut pas ma surprise en ouvrant et en découvrant Jérôme ! Finalement il allait nous accompagner en Amérique !
Mon cerveau s’était bloqué quelques instants, je peinais à le reconnaitre, à croire qu’il était bien là devant moi. Je ne pouvais plus articuler, je m’étais mise à pleurer, l’émotion était trop forte.
Puis, très vite, tout est rentré dans l’ordre et nous avons passé une excellente soirée.
Ce voyage est resté gravé dans mon cœur à tout jamais.
Je retrouvais mes deux enfants adultes, seuls avec moi, pour l’occasion. Je prenais un long-courrier et foulais le sol américain pour la première fois.
L’urbaine que je suis, adorant Paris, réalisait combien à New York tout était gigantesque et fabuleux.
J’ai retenu de ce voyage l’originalité de l’appartement loué à un peintre américain aux abords de Central Park avec son lit sur palettes de bois, ses photos, ses décors ainsi que la visite au musée MOMA, une référence de l’histoire de l’art, la statue de la liberté, l’Empire State Building, les lumières de Broadway et ce fabuleux dîner au « The View » le jour de mon anniversaire, ce restaurant panoramique qui tourne à 160 degrés pendant le repas permettant une vue sur toute la ville.
Les taxis, les bus et la visite de tous les quartiers avec mon record de pas en une journée, toujours inégalé, à savoir : 30679 pas !
Découvrir Londres avec ma fille
Virginie, à la fin de ses études, était partie s’installer un an à Londres pour perfectionner son anglais. Je venais de divorcer et mon activité professionnelle n’engendrait que de petits revenus ne me permettant pas d’aller la voir.
Peu de temps avant la fin de son séjour, j’avais économisé pour permettre à Jérôme d’aller sur place rendre visite à sa sœur et découvrir Londres.
Quelques années plus tard, en 2016, Virginie m’a emmené dans cette ville que j’ai également beaucoup appréciée.
Les visites étaient faciles, Virginie parlait parfaitement la langue et connaissait la ville, je n’avais juste qu’à suivre et profiter, ce que j’ai fait avec enthousiasme.
J’avais dit que nous y reviendrions voir une comédie musicale mais l’occasion ne s’est plus présentée et je n’y suis jamais retourné.
C’était là aussi un très beau cadeau.
Découvrir Barcelone avec mon fils
En 2023, Jérôme et Amélie avaient décidé d’aller en famille à Barcelone. Comme je rêvais d’y aller, ils m’avaient proposé de me joindre à eux.
Quel plaisir de visiter cette ville du Sud de l’Espagne, colorée, vivante et très à la mode pour les Toulousains que nous étions.
En plus, en famille, ce n’était que du bonheur. Mes petits-enfants prenaient l’avion pour la première fois, quelle expédition !
Que ce soit New York, Londres ou Barcelone, je ne suis jamais revenue dans ces endroits, mais j’en garde un souvenir très vif, extrêmement fort.
Je suis tellement reconnaissante à mes enfants de m’avoir emmenée, fait connaître ces grandes villes et de vivre ces émotions avec eux.
2026 – 2027 marque un tournant pour nous tous : Virginie a fêté ses 40 ans, Amélie les aura en décembre, Jérôme les célébrera en janvier prochain, Léo aura 10 ans en décembre également et j’ouvre la page de ma dernière partie de vie en étant dorénavant à la retraite.
Peut-être, pour toutes ces occasions, partirons-nous tous ensemble fêter Noël ou la fin de l’année au soleil comme le proposait Virginie ?
À suivre…
MA VIE POLITIQUE
Mes premiers pas en politique
Suite à ma séparation, je me suis engagée en politique.
J’avais suivi les élections présidentielles de 2007 avec attention puisque François Bayrou, que j’avais vu à plusieurs reprises lorsque j’habitais Nay (il habitait le village à côté et était, à l’époque Ministre de l’ Éducation Nationale), se présentait et avait fait 18,57 % au 1er tour. Fait exceptionnel !
Ainsi, j’ai commencé à m’intéresser aux élections municipales, départementales, régionales, européennes et présidentielles en adhérant à un parti politique, le Modem, de 2007 à 2016, puis au Parti Radical, de 2017 à 2025.
Ma vie de militante jusqu’aux portes de la Mairie
Durant ces années d’engagement, j’ai participé à toutes les élections comme militante. Je me suis présentée suppléante aux législatives en 2012 sur la 2ème circonscription de Haute-Garonne, puis aux municipales de 2014 et 2020 sur la liste de Jean-Luc Moudenc, ce qui m’a valu de devenir « Élue de la République » dans la 4ème Ville de France.
Mon implication progressive au fil des années m’a permis de porter un jour l’écharpe tricolore. Une grande fierté mais aussi beaucoup de responsabilités vis-à-vis des 510.000 habitants.
En 2014, étant en 54ème position sur la liste « Un Nouvel Elan Pour Toulouse », j’étais en position de 1ère place « non éligible », il fallait que quelqu’un démissionne pour que je prenne sa place.
Ainsi, au départ de la Maire de quartier de Saint-Michel, Saint-Agne, Le Busca, Empalot (36.000 habitants) déléguée aux Cultures Urbaines, j’ai pris sa place et ses fonctions le 1er Juillet 2019 pour un an, puisque de nouvelles élections municipales devaient se dérouler en 2020.
Être Maire de quartier
Je me souviens de mon 1er discours pour le 75ème anniversaire de la libération de la prison Saint-Michel, le 18 août 2019. Exceptionnellement, la Mairie avait ouvert la 1ère cour de ce lieu fermé au public depuis 2009. Les Toulousains étaient venus nombreux se réapproprier un endroit marqué par l’histoire. Dans l’assistance, une dame très âgée en pleurs m’avait raconté qu’elle avait été emprisonnée durant la guerre de 1940 pour ses faits de résistance. Dans cette prison, durant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup d’activistes avaient été incarcérés, dont André Malraux.
J’étais très émue, notamment lors du dépôt de gerbe au pied du poteau d’exécution, où l’on pouvait encore voir les impacts de balles.
Mes premières pensées ont été vers mes parents qui, quelque part dans l’au-delà, ont dû être très fiers de leur fille.
Fait exceptionnel, le mandat dans les grandes villes a été prolongé de trois mois à cause du confinement lié à la COVID qui avait été décrété du 17 mars 2020 au 11 mai 2020.
Seul le 1er tour avait été validé mais le second tour des élections n’avait pas pu être organisé. Ce n’était qu’à partir de la fin du confinement que nous avions pu refaire un mois de campagne électorale, pour un vote le 28 juin.
Durant le confinement, je pouvais continuer à aller au Capitole, le Préfet nous avait octroyé un permis de circuler dans Toulouse.
Ce qui m’avait interpellé, c’était la difficulté qu’avaient les familles résidant dans le quartier Empalot à se nourrir, ne pouvant plus bénéficier de l’argent issu du trafic de drogue. En tant que Maire de quartier, je m’étais organisée avec la cantine municipale pour leur faire apporter des paniers de nourriture.
En ce qui concerne les élections municipales de 2020, j’étais inscrite sur la liste « AIMER TOULOUSE » et nous avons de nouveau gagné.
Devenir conseillère municipale
Je suis donc devenue pour six ans Conseillère Municipale Déléguée aux fleuves et canaux, à l’animal dans la ville et à la rénovation énergétique des bâtiments communaux. J’étais également Conseillère Communautaire à Toulouse Métropole.
Durant ce dernier mandat municipal, j’ai été nommée :
- Administratrice au Conseil d’Administration de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse,
- Présidente de Commissions de Sécurité des Etablissements Recevant du Public (ERP)
- Membre des Commissions d’Appels d’Offres de la Mairie, de la Métropole et de l’EPFL (Etablissement Public Foncier Local)
- Membre de la Commission Paritaire Mairie/Métropole et du Conseil de discipline.
J’ai également bénéficié de 153 interviews avec la presse et j’ai représenté plus de 100 fois le Maire de la 4ème ville de France, un honneur pour moi qui n’étais pas destinée à cela !
J’ai pu rencontrer différents Ministres comme Aurore Bergé (Egalité femmes-hommes) et Anne Le Hénanff (Numérique);
À l’initiative de Dominique Faure, Ministre des Collectivités Territoriales, j’ai pu être invitée à plusieurs reprises au Ministère de l’Intérieur, place Beauvau à Paris.
J’ai effectué plusieurs visites au Sénat et à l’Assemblée Nationale lors de colloques politiques.
À Toulouse, durant la coupe du monde de rugby, en 2023, j’ai pu saluer la cousine de l’empereur du Japon. A cette occasion, nous avions eu une formation sur les coutumes Japonaises pour éviter les impairs.
Lors d’une visite officielle du Roi et de la Reine des Pays-Bas en 2024, j’ai pu être présentée au couple royal durant une cérémonie, dans la prestigieuse salle des Illustres, au Capitole.
J’ai également eu le privilège de m’entretenir à différentes reprises pour les dossiers municipaux avec le Préfet de Haute-Garonne, Pierre André Durand, les sénateurs Pierre Medevielle, Brigitte Micouleau ou Françoise Laborde, ainsi que le Député Jean-François Portarieu.
La fin de ma vie politique…Peut-être pas !
Je finirai ce mandat à l’aube de mes 67 ans. Une nouvelle mandature de 6 ans me paraissant trop longue et le Maire sortant ayant mis un âge butoir à 65 ans, je cesserai donc ces fonctions qui m’auront apporté une expérience nouvelle et intéressante de la vie publique et politique.
C’est avec une immense fierté que je tourne cette page municipale. J’espère laisser à mes enfants et surtout, à mes petits-enfants, une trace républicaine de leur ascendance.
Être acteur de sa vie, croire en une existence plus apaisée, militer pour le vivre-ensemble où chacun aurait sa place quelle que soit ses opinions, ses orientations sexuelles, sa couleur de peau ou l’endroit qui l’a vu naître, aura été mon leitmotiv.
Mais, durant ces vingt ans de vie politique, ce qui m’a marqué fut ma rencontre avec le Député des Pyrénées-Atlantiques, Jean Lassalle.
J’avais organisé son parcours citoyen en 2013 en Haute-Garonne, depuis le Tarn jusqu’au Tarn-et-Garonne.
J’avais participé en 2015 au « sauvetage » de l’enseignante gréviste de la faim du collège de Bellefontaine dans laquelle il s’était impliqué, ayant lui-même fait une grève de la faim quelques années auparavant à l’Assemblée Nationale.
Nous avions eu à cette occasion, les félicitations de la Ministre de l’époque, Najat Valaud Belkacem.
J’avais participé à ses côtés à la création de son parti politique « Résistons » à Lyon en 2016 ainsi qu’aux élections présidentielles en 2017 puis 2022.
Mais j’étais particulièrement engagée à la Mairie de Toulouse, nos parcours se sont donc éloignés.
C’est avec plaisir que je l’ai retrouvé, en 2026, lors de son passage à Toulouse pour son spectacle « Jean dans la salle ».
Peut-être que nos chemins vont à nouveau se rejoindre ? On en parle…
Ma disponibilité nouvelle et son désir de revenir en politique détermineront ce futur encore incertain.